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Vallon des Auffes

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En suivant la Corniche au delà des Catalans, du haut du pont qui l'enjambe en trois enjambées, se découvre le vallon des Auffes, une vision d'un petit port provençal de pêcheurs...

"Un acte notarié du 13 mai 1311 lui donna le nom de vallon de monsieur Garnier qui par la suite s'appela "vallon des innocents" et "vallon du Roy". Le nom des Auffes lui fut octroyé à partir de 1747. Depuis cette époque en effet, les maîtres aufiers (du provençal aufo : "sparterie" ) avaient choisi cet endroit pour y faire séjourner leurs spartes et les rendre plus flexibles."

(Source : André Bouyala d'Arnaud, Evocation du Vieux Marseille publié aux Editions de minuit, en 1961).

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Vallon des Auffes vu de la rue Antoine Perrin

"Mais pour quelles raisons historiques, les auffes prennent elles pied dans dans ledit vallon des Auffes ?"

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Pour plusieurs raisons, dépendantes les unes aux autres :

1) Les famines, d'abord

Elles se sont succédées en France à la suite de la guerre d'Espagne (1701-1713) et dont la plus rude, la grande famine de 1709, décima plus d'un million de personnes et appauvrit fortement le pays. C’est sur fond de guerre de Succession d’Espagne que se produisit la grande famine de 1709. Un hiver long et très rigoureux qui gèle les semences et fait flamber le prix des céréales : celui du pain est multiplié par dix. Des émeutes se déclarent à Paris et dans les villes de province. On tente bien de réglementer le commerce des grains et de distribuer des vivres, mais la population, épuisée, est décimée par la maladie. Emmanuel Le Roy Ladurie estimera que 1 800 000 personnes seraient mortes en 1709-1710, près de 8 % de la population de la France de l’époque : dont 600 000 personnes mortes de froid durant ce terrible hiver et 600 000 autres périrent de ses suites, malades et affamées.

2) La perte de souveraineté

 Dès lors s'instaure une dépendance accrue vis à vis de l'étranger. On constate que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la production de chanvre est en recul sur le territoire français, même si sa culture reste implantée dans certains centres de production (Bretagne et Perche par exemple). Aussi pour ses approvisionnements, le royaume, épuisé par des années de conflit, avec des finances exsangues - la guerre de succession d'Espagne dure de 1701 à 1713 - devenu dépendant de l’étranger, doit importer des chanvres bruts ou ouvragés d’Italie et de l’Europe du Nord (Allemagne, Prusse, Hollande, villes hanséatiques, Russie) ...., afin de fournir les tissages et particulièrement la Marine royale qui a besoin de chanvre en qualité et en quantité suffisantes pour ses voiles et ses cordages...

Et cela d'autant plus que la corderie royale construite en 1666 à Rochefort attend sa matière première pour faire face au besoin croissant en cordages de la marine basée en Atlantique ...

Mais le chanvre, jusqu'alors utilisé pour faire les cordes, s'est trouvé un concurrent, le spart ou alpha (voir photo), plus commun, bien moins cher et plus résistant à la traction, plus solide et avec une meilleure réaction à l'humidité,  et donc plus conforme à son usage en papeterie comme corde pour accrocher et faire sécher le papier... sans laisser de trace sur les feuilles...

En effet, le chanvre  n’était pas utilisé pour faire seulement des toiles et des cordages pour la marine ; il connaît une grande diversité d’utilisations, notamment dans l’industrie, comme dans les papeteries où il fournit les cordes sur lesquelles on met le papier à sécher… Il est aussi très utilisé pour des usages domestiques (ficelles, nattes, cabas, tapis, etc.), il est en concurrence avec la paille, que les économistes d'alors les Physiocrates préféreraient voir consacrée à d’autres usages, notamment agricoles comme engrais des terres et  nourriture ou litière du bétail. L’importance stratégique que donne au chanvre son utilité pour la marine et la valeur économique de la paille pour l’agriculture et l’élevage vont pousser des manufacturiers à rechercher des substituts à ces matières premières. 

Or le spart est connu de longue date, il a été décrit par Pline. Cette dénomination recouvre en fait deux plantes, des graminées fourragères, de la famille des poacées (dont la Stipa_tenacissima, ci jointe en photo), qui croissent naturellement, sans intervention humaine, sur des sols pauvres et arides, principalement autour de la Méditerranée (Afrique du Nord, Espagne), où elles peuvent occuper de vastes espaces. 

Dans tout le pourtour du bassin méditerranéen, ces fibres sont traditionnellement utilisées pour des usages domestiques, industriels  ou maritimes  : au printemps, la feuille est tressée pour confectionner divers objets de sparterie (paniers, couffins, nattes, etc.) et les fibres tirées des feuilles peuvent, après avoir été filées, s’employer pour la fabrication de cordages. Le spart a la caractéristique d’être assez solide, mais surtout de bien résister à l’humidité et donc au pourrissement.

Pour l'assouplir et le travailler avec plus grande facilité, le spart doit cependant être trempé. Aussi avant de le livrer à la corderie, qui était adossée à l'Arsenal des Galères, les cordiers le faisait tremper dans les eaux du vallon dit des Auffes, et,  pour le livrer ils empruntaient le boulevard dit de la Corderie...créé suite à une décision municipale datant de 1845, et dont les travaux de nivellement furent exécutés par les ouvriers des "ateliers communaux", ateliers nés des suites de la Révolution de 1848 sur le modèle des "ateliers nationaux".. avec pour objectif de réduire le nombre des chômeurs et des mendiants..."